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EXPLOITATION SEXUELLE : UNE GASPÉSIENNE VIOLÉE TÉMOIGNE À BLEU FM

Crédit photo : gracieuseté (montage Bleu FM)
7 avril 2026
Un reportage de Thierry Haroun (version complète)

Son témoignage est combien pertinent pour qui tente de comprendre, un tant soit peu, comment le réseau d’exploitation sexuelle et de la traite des personnes se déploie dans notre région. Cette jeune femme gaspésienne a eu le courage, faut-il l’admettre, de répondre présent à l’appel à témoignages que le service des nouvelles de Bleu FM a émis récemment à la suite de notre reportage du 17 mars dernier intitulé Le Calacs La Bôme Gaspésie souhaite une stratégie de lutte contre la traite des personnes, lequel confirmait qu’un tel réseau est bel et bien en place en Gaspésie.

Le récit glaçant de cette jeune victime d’un acte criminel au titre de la Loi (document à l’appui), dont nous tairons l’identité, vient corroborer pour l’essentiel, ce dont parlait Le Calacs La Bôme Gaspésie sur nos ondes, mais avec davantage de détails. Le service des nouvelles de Bleu FM vous présente le témoignage anonyme d’une jeune femme gaspésienne violée, dont le parcours tel que raconté, confine à un voyage au bout de la nuit.

Son récit prend la forme d’un chemin de croix au cours des dernières années; violée au GHB, idées noires, menacée de mort, détresse. Voilà autant de mots exprimés par cette jeune femme gaspésienne qui résonnent comme un cri sourd de douleurs intérieurs difficilement traduisibles ici tellement son témoignage cogne.

Son franc-parler ne ment pas

On la sent amère. Son parler est franc et ne ment pas. Au besoin, elle prend une pause pour bien dire les choses qui sont parfois crus, et qui ne sont pas tous déclinés ici tellement cela peut déranger. Elle a répondu à toutes nos questions. Elle en a long à dire sur les organismes et autres programmes du milieu qui viennent en aide aux victimes du réseau criminel, rien de très encourageant à l’entendre, elle qui en a fait le tour; Calacs, Cavac (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels), psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux, etc. Elle nous raconte le réseau, le processus de recrutement, et surtout son difficile combat d’être entendue, compris et crue. Nous y reviendrons plus loin.

Ce sentiment d’être laissée à elle-même

Avez-vous été victime du réseau d’exploitation sexuelle et de la traite des personnes en Gaspésie, dont faisait mention sur nos ondes Le Calacs La Bôme Gaspésie ? « Oui », affirme-t-elle sans hésiter. Elle a le sentiment d’avoir été « laissée » à elle-même par le système gouvernemental, d’autant plus que l’« aide juridique n’arrive plus à suivre » car son dossier est « trop gros ». Elle dit aussi avoir ce sentiment d’être dans le « néant ».

C’est que voilà, cette victime du réseau gaspésien est suivie par un psychiatre depuis de nombreuses années, et ce, sur une base régulière.

Peut-on en dire davantage ? Difficile de rentrer dans tous les détails de sa confession et de son épais dossier (lequel dossier confirme qu’elle a bel et bien été reconnue en qualité de victime d’un acte criminel au titre de la Loi il y a quelques années) car il est plus facile d’identifier une personne en Gaspésie, soit-elle anonyme, du seul fait de notre faible taux démographique, par rapport aux grands centres.

Avant de poursuivre, rappelons ce qu’avait dit, pour l’essentiel, sur nos ondes la directrice du Calacs La Bôme Gaspésie, Mme Annick Bouchard Beaulieu le 17 mars dernier.

Recrutement : quatre modes opératoires

À cette affirmation du Calacs, quand on demande à la jeune femme qui se confie à nous si cela se tient, elle dit « oui, en partie ». Alors comment le recrutement fonctionne-t-il en Gaspésie ? Il y a plusieurs façons, laisse-t-elle entendre. Par l’entremise de certaines maisons des jeunes ou encore dans des cours d’école de polyvalente. Dans ce dernier cas, ça concerne la drogue, nommément dans Rocher-Percé. Il y a aussi le recrutement en ligne, dit-elle (ce qui corrobore avec ce qu’affirmait le Calacs La Bôme sur nos ondes le 17 mars dernier). Selon elle, les recruteurs offriraient « jusqu’à 3000 $ » aux victimes potentiels pour rentrer dans le réseau.

Cela dit, les jeunes filles de 15, 16 et 17 ans sont recrutées en vue de la « prostitution ». Toujours selon elle, les jeunes garçons, eux, âgés de 14,15 ou 16 ans sont recrutés pour « vendre de la drogue ».

Il y a aussi des maisons qui auraient été louées dans le secteur de Gaspé Nord dans lesquelles auraient été filmées à leur insu des victimes potentielles (des jeunes femmes, entre autres) pour ensuite faire du chantage en vue de les recruter dans le réseau de traite, fait-elle savoir. Elle a précisé aussi au cours de notre entretien que les recruteurs sont basés ici, lesquels recrutent au profit des réseaux des grands centres, dont la région de Laval en particulier.

Très critique envers le corps de police

Cela étant dit, elle est très critique envers le corps policier de notre région. En Gaspésie, la police ne « fait pas grand-chose » sur la traite des personnes. « Ils ne prennent pas le temps de faire des enquêtes. Les policiers doivent prendre le temps de faire des enquêtes. Il faudrait une meilleure formation pour eux, ils ne sont pas formés pour connaître la traite des personnes », selon elle.

Elle n’a plus confiance aux autorités de la SQ dans notre région, car désormais si elle a à traiter avec des autorités policières, c’est hors de la Gaspésie que cela se fait.

À savoir si à travers tout ce qu’elle a vécu, et le fait qu’elle témoigne aujourd’hui, qu’elle encouragerait tout de même les victimes potentielles à dénoncer leur situation et à déposer des plaintes; elle n’en est vraiment pas convaincue tellement elle ne fait plus confiance au corps policier dans notre région, laisse-t-elle savoir non sans un profond ressentiment envers les autorités policières.

Non seulement n’a-t-elle pas été crue, selon elle, mais elle laisse aussi entendre être passée de victime à accusée face au corps policier lors de son processus de sa déposition de plainte, déplore-t-elle. Elle qui en sera profondément ébranlée, et qui l’est encore au seul ton de sa voix. Notons que cette dynamique n’est pas sans rappeler ce qui ressort de reportages, documentaires et autres procès, jusqu’à un certain point du fait que chaque cas est distinct, ces dernières années sur la place publique.

Des recommandations

On rappellera par ailleurs que lors de notre reportage du 17 mars dernier, que Le Calacs La Bôme Gaspésie, joignait sa voix à Cynthia Beaulieu, coordonnatrice générale de la Coalition québécoise contre la traite des personnes, qui recommandait au gouvernement du Québec la mise sur pied d’une stratégie nationale de lutte contre la traite des personnes, et ce, « dans un contexte où la traite des personnes est en augmentation », avait indiqué Cynthia Beaulieu par voie de communiqué.

Est-ce qu’une telle stratégie devrait-être mise sur pied par le gouvernement ? « Oui », affirme-t-elle. Nous avons aussi profité de l’occasion pour lui demander si elle avait des recommandations à émettre sur la place publique pour éviter d’autres cas comme le sien et mieux accompagner les victimes actuelles et potentielles.

Il faut que « tout le monde se parle »

« Il faut que tout le monde se parle », comme le Calacs, le Cavac, les travailleurs sociaux, la Sûreté du Québec, psychologues, psychiatres, décline-t-elle. « Il faudrait avoir une seule porte d’entrée. Un même endroit pour être entendue. Il y a trop d’intervenants différents à qui il faut raconter son histoire et à chaque fois c’est à recommencer », fait-elle valoir. Il faudrait aussi n’avoir, dit-elle, qu’une seule personne attitrée à un dossier d’une victime de sorte à assurer un meilleur suivi.

Selon elle, « ça prend trop de temps pour être médicamenté » et le « système est dysfonctionnel ». Enfin, elle souhaite que les enquêteurs de la SQ en matière de crimes sexuels de la Gaspésie soient davantage « compétents », du moins à la lumière de son parcours, concluant ainsi notre échange sur plusieurs jours.

Traite sexuelle en Gaspésie dès 2017

Le récit résolu de cette jeune femme gaspésienne vient non seulement corroborer les affirmations du Calacs de la Gaspésie (avec davantage de détails toutefois), mais également les confidences d’une agente de la GRC, sous anonymat, faites à l’auteur de ces lignes dans un article daté du 1er novembre 2017 publié dans l’hebdomadaire Le Havre de Chandler intitulé La traite sexuelle existe en Gaspésie selon qui en Gaspésie « il y a de l’exploitation sexuelle. Vous savez, où il y a des touristes, il y a des réseaux qui profitent de cette situation et qui font miroiter à des jeunes filles de l’argent facile. Ils profitent de leur vulnérabilité ». Cette dernière affirmation corrobore précisément ce que nous disait la directrice du Calacs de la Gaspésie le 17 mars dernier.

Dans ce même article, l’organisme Centr’elles (basée dans la MRC Avignon) affirmait que « ça existe la traite sexuelle dans notre région ». Par ailleurs, cet article laissait entendre que circulait déjà à l’époque de l’information selon laquelle il existait une forme de traite sexuelle dans le grand Gaspé, ce qui corrobore ce qu’avance la jeune femme qui s’est confiée à nous près de 10 ans plus tard.

Ce texte avait été publié dans le cadre du passage en Gaspésie du Comité d’action contre la traite humaine interne et internationale qui confirmait que la traite des personnes se retrouve « partout dans les régions du Québec ».

Rappel important en aparté

Il est à rappeler, comme il se doit, que toute personne qui se sent en détresse peut joindre le Centre de prévention du suicide au 1-866-APPELLE. Par ailleurs, il y a aussi info-aide violence sexuelle en cas d’urgence au 1-888-933-9007.

Enfin, le Protocole de Palerme, un traité international adopté en 2000 par les Nations unies, définit la traite des personnes comme « le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation », lit-on dans le site Internet de la Coalition québécoise contre la traite des personnes.

Écouter le reportage complet :

Le Calacs La Bôme Gaspésie souhaite une Stratégie nationale de lutte contre la traite des personnes

Thierry Haroun

Thierry Haroun

Journaliste au service des nouvelles de Bleu FM depuis plusieurs années, Thierry Haroun couvre l’actualité locale, régionale et nationale.

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